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France - Japon 2021

ERZURUM – NOKUS

Le 26 Juillet, après leur virée offroad d’hier et leur séance de karting, notre groupe des Irreks était comme prévu devant le consulat d’Iran a Erzurum. De son coté, mon vieil ami guide iranien Nouri, avait fait le voyage de Téhéran au poste de frontière de Bazargan et nous attendait afin de nous y accueillir pour 12 jours de  vadrouille perse. Les papiers de douane étaient prêts et validés, et le code d’agrément du ministère du tourisme avait été reçu également. Le consul Iranien de Erzurum m’a reçu, a récupéré nos passeports pour préparer nos visas, tandis que les Irreks, déjeunaient tranquillement dans le petit restau local en face du consulat. Mais au bout d’une heure, le consul me convoque à nouveau la mine sombre :  “je suis désolé mr Massiet mais le ministère de la santé a annulé vos visas, vous ne pourrez pas entrer en Iran cette année“…. De son coté, mon guide Nouri est assommé : “cela n’a aucun sens. Vous êtes tous vaccinés, et il y a plein de pakistanais et afghans qui rentrent en Iran sans vaccin de quoi que ce soit. C’est juste qu’ils ne veulent pas que vous soyez témoins de ce qui se passe en ce moment en Iran… Les Iraniens se révoltent de plus en plus… Je suis tellement désolé de ne pas vous revoir…“

J’informe donc les Irreks que nous passons au plan B. Je leur fait signer une procuration en anglais pour gérer leurs véhicules pour qu’ils prennent l’avion tranquillement pour Tashkent demain. Ils vont explorer les cités de la route de la Soie en Ouzbékistan pendant une semaine : Tashkent, Samarqand, Bukhara, Khiva… Et de mon coté avec Thierry, on charge nos 12 motos et 2 véhicules d’assistance dans 2 camions turques, pour les convoyer jusqu’à Nokus, au nord de l’Ouzbékistan.

Le jeudi, après un commando éreintant sous le cagnard, nous réussissons à harnacher nos 14 véhicules dans les 2 camions qui étaient arrivés dans la nuit depuis Istanbul. Thierry repart en bus puis avion pour retrouver le groupe des Irréductibles à Tashkent.

De mon coté je grimpe le vendredi midi dans un des 2 camions pour rouler sur 280 km tortueux avec les 2 chauffeurs jusqu’à Hopa, au bord de la mer noire, afin de régler la paperasse de douane.  Samedi matin, je rencontre Mertcan, notre agent de douane qui enregistre nos CMR, proratas, carnets ATA, procurations des chauffeurs, listes de matériel, cartes grises, passeports etc…. Tout est en règle,et vérifié. Il me dit que les chauffeurs peuvent partir à la frontière et que je peux prendre le bus et l’avion pour aller en Ouzbékistan. Je lui propose de lui laisser les originaux des carnets de douane mais il refuse avec insistance en affirmant que cela ne sert à rien. Je salue mes 2 chauffeurs russes, qui me donnent rendez vous à Nokus dans de grandes accolades. Et je choppe le bus pour Kayseri, avec 19 heures de route au programme. 

Arrivé dimanche matin a 8H00 et transféré a Urgup chez mes amis Halil, Brigitte et Selim, où j’arrive en loque et HS. La grosse crève contre laquelle je luttais depuis une semaine a profité de la clim excessive du bus pour m’assommer . Les forces engagées depuis le début de ce voyage avec le stress du motard Gilles Chauve porté disparu 2 jours en Bulgarie, les grosses chaleurs à moto et le commando fret camion m’ont mis à genoux. Besoin de dormir. Mais avant, je dois faire un colis avec mes originaux de carnets ATA pour les envoyer à la douane de Hopa qui au final les exige. Y’a vraiment des baffes qui se perdent… Après 9h00 de sommeil récupérateur, j’ai des news des Irreks, arrivés a Tashkent après un retard de 24H due au PCR, ils vont entamer une semaine de découverte intense des trésors Uzbek, sur les routes de la Soie.

Lundi matin, le douanier du poste de HOPA, nous annonce que nous devons payer 25% de taxe de la valeur des véhicules, soit 34.000 euros… Sans donner aucune raison…  Ce douanier s’appelle Attila !.. Ca sent la barbarie administrative à plein nez. Je prépare un message de SOS par email que j’envoie à l’ambassadeur Turc à Paris et à l’ambassadeur Français à Ankara.

Mardi matin, je reçois un appel d’une dame de l’ambassade de France de Ankara qui me demande comment aider. Elle va appeler le douanier  Attila. De mon coté avec mes amis Halil et Brigitte, on rencontre un homme d’affaire important de Cappadoce qui connait bien un député influent du parti AKP. Mardi après midi, je reçois un appel d’une autre dame coopérante de l’ambassade de Turquie en France, qui me demande d’arrêter de discuter avec la douane “problématique“ de HOPA et de contacter directement Mr Mustafa GUMUS, le patron national des douanes de Turquie. Elle appelle l’ambassade de France a Ankara qui est en charge de cet appel diplomatique pour venir en aide à des ressortissants français. La journée est épuisante, faite d’appels, de RDV, d’échanges de mails et de stress…


Mercredi matin, j’envoie un email technique et descriptif a Mr GUMUS qui peu après, reçoit un appel de l’ambassade de France, d’un député influent du parti gouvernemental et aussi du ministère des affaires Etrangères turques. Avec Halil et Brigitte nous retournons voir l’ami proche du député. Il faudrait que je trouve une personne influente proche de Erdogan… Le douanier de Hopa nous demande de faire revenir les proprios des motos pour les passer en Georgie eux même. Impossible, pas de visas pour Georgie, ni pour Azerbaïdjan. Chaque jour, il nous sort une nouvelle requête impossible, à la recherche d’un gros bakchich évidemment.

De leur coté les Irréductibles ont visité Tashkent, ont écarquillé les yeux a Samarqand, avant  de se régaler dans les petites rues de la superbe cité de Bukhara. Ils trépignent tous de retrouver leurs motos à Nokus, et ici à Urgup je travaille sur l’itinéraire pour voir comment retrouver les 4 à 5 jours perdus à la douane turque de Hopa.


Mercredi soir, un ami de Halil vient prendre le thé a Urgup à l’hôtel SURBAN ou je suis. On lui explique le problème. Son fils est avocat, spécialisé douanes et en vacances en ce moment sur Urgup. On dine ensemble le soir. Jeudi, ce jeune avocat rentre sur Ankara, rencontre Mme N. à l’ambassade de France qui lui transmet des documents sur T3 et notre expédition. HONDA appuie notre démarche avec une lettre officiel de Richard Mathiau, DG de HONDA France.  S’en suit une réunion avec le grand patron des douanes Turques, mr GUMUS, qui finit par accepter de demander – le lendemain matin – aux douaniers de Hopa de la clémence envers nous. Mais nous devons changer de broker, exigence des douaniers. J’avoue que je commence a faiblir et perdre espoir, tellement fatigué de cette bataille sans fin contre un mur d’abrutitude et de malveillance corrompue. Je ne dors plus, mais les Irréductibles restent soudés et solidaires à des milliers de kilomètres de moi. C’est très précieux. Je suis fier d’appartenir à ce groupe !

Vendredi matin le nouveau broker a pris les choses en main et promet la fin du blocage ce soir. Mais un intervenant sorti de nulle part m’appelle pour me demander de payer 27.000 Euros pour relâcher nos 2 camions. Je lui demande de m’envoyer une facture et lui raccroche au nez. Vendredi soir les camions sont toujours bloqués, je n’ai plus de forces et reste alité. J’avoue que je touche le fond coté moral… On s’est tellement battus depuis plus de 2 ans pour que cette expédition existe… Halil et sa femme Brigitte se battent pour moi, avec l’aide de leur ami député qui appelle une fois encore le patron des douanes turques a Ankara. Il nous promettent que nos camions sortent de Turquie demain samedi à 16H00.

Samedi matin, ca fait une semaine de blocage, c’est du jamais vu. Toujours au lit, j’attends les nouvelles du broker. J’apprends qu’en Turquie il y a 175 bureaux de douanes et que chacun suit ses propres règles, avec cette volonté de rendre la vie compliquée à tout transport de marchandise d’origine européenne. 15H00 les papiers des 2 camions ont été tamponnés par les douaniers de Hopa. Les camions entament les 25 km qui les séparent de la frontière de SARP. Au final notre broker a utilisé l’astuce de carnets ATR , réservés au commerce de l’agriculture et du charbon. On est au pays des shadocks… Les 2 camions sont entrés sans soucis en Géorgie et roulent libres. Demain après midi ils seront en Russie…Je peux enfin prendre mon billet d’avion, je pars demain Dimanche matin et retrouve les Irreks demain soir. Vraiment hâte de les retrouver, pour me ressourcer dans ce groupe si spécial et y reprendre des forces. Je n’ai jamais vu ni subi un bordel douanier pareil. Ici, un proverbe dit que chez les douaniers turcs, l’intelligence, ça vient après…

Aujourd’hui samedi matin, Hervé Etienne a réintégré le groupe a Khiva, après son aller retour médical a Strasbourg afin de savoir l’état d’avancement de son cancer. Courageux et convainquant auprès de ces chirurgiens, il rependre l’aventure avec nous pour rouler le plus loin possible, au moins 2 à 3 semaines, voire plus. Il est revenu dans le groupe avec un gros stock de médicaments afin de suivre sa nouvelle chimiothérapie… Hervé est un symbole de courage souriant. Il a ramené des exemplaires du magazine ROADTRIP pour ses copains de voyage, qui y ont un bel article.

Demain soir dimanche, avec les Irreks, on fait un plan de guerre pour rattraper un tant soit peu notre retard sur la reste de l’expédition. Nos visas Kazaks nous attendent a Bishkek. Nos visas Russes ont été acceptés hier par Moscou sous un statut que l’on garde secret pour l’instant. La Mongolie reste encore incertaine à cause de la pandémie. On devrait pouvoir rejoindre Vladivostok sans encombre. Après il restera le soucis pour passer de Vladivosdtok à Sakaiminato au Japon par ferry. On compte sur le soutien de Honda pour nous y aider. Mais en attendant, on a encore une quinzaine de milliers de km à gérer, apprécier et partager en terrains inconnus avec nos 12 Africa Twin… Arrivée envisagée à Vladivostok vers le 21 septembre.

Photos T3 – T. Renavand – E. Massiet du Biest- Les Irreks