Portrait de Patrick

Portrait de Patrick

Mon père est arrivé de sa Pologne natale avec une valise et des poches vides. Il m’a expliqué quand j’étais enfant qu’en France pour s’en sortir il fallait viser la voie royale des Grandes Ecoles. J’ai donc passé mon enfance et adolescence à viser une Grande Ecole en particulier pour m’ouvrir la porte d’une belle vie professionnelle. Dans mes années lycée, je suis parti en stop à Istanbul. Mais une fois mes diplômes en poche, j’ai aussi mis les voiles autant que faire se peut vers des destinations qui me faisaient rêver. Grâce à l’argent de quelques stages, je me suis fait une virée vers Kaboul avec une deuche camionnette avec un esprit d’insouciance totale, sans GPS, sans téléphone, à une époque où les images n’avaient pas l’influence parfois néfaste d’aujourd’hui. Avec un vieux Toy je suis reparti plus tard en Afghanistan par la piste du centre avec Anita qui est devenue ma femme.

J’ai commencé le deux roues en mob bleue puis avec mon permis en 1968, je me suis offert une Bultaco Sherpa d’occase pour faire du trial puis de l’enduro avec une autre Bultaco puis une SVM à moteur rotax avec laquelle j’ai fait le Touquet en mode poireau. Puis les années professionnelles m’ont fait mettre la moto de côté.

Mon métier m’a amené à collaborer quelques années avec Steve Jobs dans sa première ère d’Apple. C’était avant l’avènement des Mac.

Professionnellement il était difficile avec ses collaborateurs, très têtu. Mais dans ses rapports exécrables, Steeve cherchait peut-être à tirer le meilleur de chacun sans pitié pour l’affectif. Il réussissait avec ses visions à nous faire croire qu’avec les IT on pouvait changer le monde par la porte de l’underground. C’est ce qui me plaisait.

Aujourd’hui la moto permet, je pense, de changer complètement la relation qu’on a avec les gens par rapport à l’auto. Pour soi on est le nez à l’air, le vent, la pluie, les changements de températures, l’interaction avec les virages, faut être concentré… Mais dès qu’on s’arrête quelque part, cela devient une clef de contact super efficace avec les locaux. J’aime imaginer qu’on est moins perçu comme l’occidental qui arrive avec ses cartes de crédits et ses certitudes. C’est d’ailleurs parfois gênant de se faire offrir un repas qu’on devine précieux pour nos hôtes… La moto permet de traverser complètement le paradigme nord sud avec efficacité.

Dans ce voyage je ne cherche rien en particulier. Je m’investis dans l’observation, la contemplation, les rencontres, comme ça vient… C’est un long voyage que je voulais faire avant que le tic tac de l’horloge ne me l’interdisse. On est rentrés dans le rythme du voyage, ça me plaît et on a acquis une petite routine bien plaisante. Ce que j’attends est de rouler sur ces très hauts plateaux à plus de 4.000 m dans des vallées encaissées entre des sommets de plus de 7.000 m de façon anodine . Pour nous c’est extraordinairement différent d’où on vient et cela nous permet de remettre les choses à leur place, de remettre les pendules à l’heure, très simplement.

Patrick.

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